Interculturalité et transculturalité

La notion de culture évoque à la fois l’expression de la vie sociale et l’ensemble des phénomènes sociaux propres à un groupe humain. La culture est un mécanisme continu de composition, décomposition et recomposition dynamique des identités de chacun et des groupes. Les comportements langagiers, les habitudes sociales, les connaissances partagées, les représentations du monde sont autant d’éléments à envisager pour les formations auprès de publics d’origines variées. Pour nos publics, la maîtrise de la culture du pays d’installation est un élément déterminant. La notion de citoyenneté constitutive à la participation à la société et se distingue nettement, en principes de la cette de nationalité.

Lorsqu’un apprenant souhaite s’installer en France il vise l’insertion. Or, des termes comme « insertion », « socialisation », « assimilation », ou « acculturation », prennent une dimension particulière dans l’action formative. Evoquer l’assimilation ou la socialisation, c’est considérer que la personne nouvellement arrivée en France doit faire un effort particulier pour assimiler notre culture et laisser de côté sa propre culture pour en acquérir une autre. Pour un public migrant, l’acculturation peut alors prendre des formes de confrontation lorsque la culture cible est très éloignée de la culture originelle.

Les futurs enseignants doivent être préparés à prendre du recul vis-à-vis des contenus qu’ils véhiculent. Ils doivent être à même de choisir et d’élaborer des supports de travail en fonction des stagiaires qu’ils reçoivent. La culture n’est jamais un produit fini. En formation, il existe deux principales façons d’appréhender la culture. L’interculturalité et la transculturalité[1]. Pendant trop longtemps, l’enseignement de la civilisation n’a été envisagé qu’à sens unique. Il nous appartient de considérer que le travail sur la culture implique un échange. C’est-à-dire à la fois un travail interculturel, mais aussi une réflexion sur les contenus que l’on véhicule, une objectivation à travers un travail transculturel.

La première conception est la plus fréquente dans les organismes de formation. Elle s’appuie essentiellement sur l’interaction entre les personnes de cultures différentes. Il s’agit, pour deux personnes de culture différente de prendre conscience d’une altérité mutuelle. On cherche alors surtout à travailler sur les échanges plus que sur les contenus. C’est une conception qui s’appuie sur l’aspect psychologique et intersubjectif.

Michael Byram[2] recommande d’aborder l’acquisition de la culture avec l’apprenant dans une dimension psychique, notamment à travers le regard qu’il porte sur lui-même et sur le monde. Selon lui le “processus d’émancipation culturelle” intrinsèque à l’apprentissage des langues est une “expérience émotionnelle“.

Dans la perspective européenne, aborder la culture signifie : promouvoir une attitude positive vis-à-vis de la diversité culturelle, de renforcer la conscience d’une identité européenne commune et le sentiment d’appartenance à un ensemble culturel commun[3].

Pour des personnes qui souhaitent s’installer en France, on favorise la compréhension des questions sociales. Gilles VERBUNT[4] comment les écarts culturels peuvent gêner la communication sociale dans les relations quotidiennes. La perception du temps, de l’espace, du corps, le rapport avec la vieillesse, la maladie, la mort, les tabous influent sur la relation d’enseignement/apprentissage.

Les formateurs, sur le terrain, sont directement confrontés à des questions liées à la culture des apprenants : port du voile, volonté de n’intégrer des groupes classes formés exclusivement de femmes avec une formatrice, non participation aux cours au moment du ramadan (dates différentes selon que les personnes sont Turques ou viennent du Maghreb). Certains employeurs placent méthodiquement les jeunes en alternance à des postes particuliers en fonction de leur origine.  Les formateurs ne savent pas toujours comment réagir. Il est important d’avoir une ligne de conduite commune dans les AEFTI où les élus et les professionnels se rencontrent pour échanger sur ces questions et que les interrogations concrètes des praticiens soient abordées clairement.

Les AEFTI doivent s’interroger sur ces positions et discerner les moyens de réagir et d’œuvrer non seulement avec les partenaires comme l’entreprise, les travailleurs sociaux, les pôles emplois, pour lutter contre les discriminations, mais aussi, expliquer leurs droits aux stagiaires ainsi que ce qu’impliquent les codes d’une société[5].

L’apprenant est responsable de ses choix. Le formateur doit être préparé à des situations complexes. Il doit de régir la confrontation des points de vue (droits de l’homme, égalité des sexes, laïcité…). Dans cette optique, la démarche transculturelle nous semble être la plus pertinente puisqu’elle va plus loin dans la conscientisation (au sens de la conscience de la distance des idées et des pratiques dans les sociétés). Il convient alors faire des rapprochements de point de vue sur des contenus particuliers et sur les représentations. Une déconstruction des représentations peut être envisagée par la dimension historique. Selon nous, la dimension culturelle peut s’élargir en faveur de la notion d’acteur social ; acteur participant à la vie sociale et culturelle de la cité. Les objectifs de la formation ne sont plus, et c’est heureux, de soumettre à l’imitation, mais d’aménager les écarts culturels en en faisant des objectifs caractéristiques de l’apprentissage. La situation particulière des apprenants en immersion linguistique doit favoriser un enseignement encourageant l’émergence d’un point de vue critique sur la notion d’appartenance citoyenne. L’enseignant doit sensibiliser les apprenants au fonctionnement des représentations et aux normes sociales. On peut étudier les représentations de chacun sur des thèmes comme l’exclusion, l’intégration, le chômage, la différence, l’indépendance, la justice, la violence… L’enseignant doit évaluer auparavant les conséquences possibles de certains documents supports.

Par ailleurs, la motivation est un état propice à l’acquisition de connaissances, elle joue sur les émotions. Par conséquent, l’enseignant devrait suffisamment connaître les apprenants et leurs systèmes de valeurs. Il va sans dire que chaque support présenté aux stagiaires doit être adapté en fonction de son niveau de compréhension de la langue. Il est important de donner aux stagiaires les moyens de se positionner par rapport à ces différences culturelles.

Sophie Etienne



[1] Voir notre article rencontre culturelle à travers la formation in Savoirs et formation, N° 53-54 novembre 2002 pp 21-31

[2] Byram Michael : Culture et éducation en langue étrangère Paris, Didier 1992 (220 pages).

[3] Page 38 du rapport d’activités du Conseil de l’Europe dans le domaine des migrations Strasbourg 1996

[4] Gilles VERBUNT, Les obstacles culturels aux interventions sociales, Montrouge, CNDP Migrants 1996 128p,

[5] C’est à ce projet que le comité permanent de professionnalisation de l’AEFTI travaille